L'édito de Seb

Grande niche, petite niche

Grande niche, petite niche

Mardi, Mai 12, 2026

Ce soir, ma série Cœur Galactique a dépassé les 30 000 écoutes.


Dit comme ça, ça a l’air d’un chiffre. Mais 30 000, ce n’est pas qu’un chiffre. C’est une foule. C’est une petite ville. C’est une place pleine de monde. C’est, d’une certaine manière, assez immense.

J’essaie de me représenter la scène : 30 000 personnes réunies, là, devant moi, sur la place de la mairie de Dreux, venues écouter mes histoires tous ensemble, les yeux grands fermés. Et tout à coup, ce qui semblait “petit” devient beaucoup moins petit.

Parce qu’au fond, depuis le début, je raconte des histoires qu’on dit de niche. De la fiction sonore. De la science-fiction. Autant dire : la niche dans la niche, avec un paillasson devant. Et pourtant, 30 000 écoutes, ce n’est pas exactement l’image que je me faisais d’un non événement.

Ce qui est assez drôle, c’est que je travaille dans le marketing. La vraie vie, les tableaux, les segments, les parts de marché, les courbes qu’on commente avec un air sérieux. Je travaille même dans la direction marketing d’un grand telco qui porte le nom d’une couleur. Et malgré ça, je n’avais jamais vraiment étudié le marché de mon propre label.

Il a fallu qu’un ami très cher, qui est aussi un excellent homme d’affaires, me pose une question toute simple : “Au fond, c’est quoi, ta part de marché ?” Et là, grand silence. Moi qui passe mes journées à parler de produits, de cibles et de positionnement, je n’avais jamais pensé à appliquer ça à mes propres histoires. Comme quoi, la motivations derrière mes histoires n'est pas pécuniaire.

Alors j’ai commencé à y penser sérieusement. La science-fiction est souvent présentée comme une niche. La fiction sonore aussi. Quant à la fiction sonore de science-fiction, on est presque dans la chambre secrète au fond de la cave. Et pourtant, si cette cave rassemble 30 000 écoutes, à partir de quel moment faut-il arrêter de l’appeler une cave ?

C’est peut-être ça, la vraie question. Une niche, est-ce un endroit minuscule ? Ou est-ce simplement un endroit qu’on n’a pas encore regardé correctement ? On appelle “de niche” tout ce qui n’entre pas dans les grandes cases, tout ce qui ne crie pas assez fort, tout ce qui circule autrement. Mais il arrive qu’en tendant un peu l’oreille, on découvre non pas un recoin, mais un monde.

Et puis il y a ce paradoxe que j’aime bien : mes histoires sont probablement de niche, oui, mais elles me semblent aussi capables de parler à beaucoup de monde. Peut-être que certaines œuvres ne sont pas petites ; peut-être qu’elles sont seulement précises. Peut-être qu’elles ne visent pas tout le monde en même temps, mais qu’elles touchent très fort celles et ceux qu’elles rencontrent.

C’est dans cet état d’esprit que je me lance dans une nouvelle série. Cette fois, ce sera du cybernoir, du cyberpunk, donc, a priori, encore une niche. plus petite Une niche plus sombre, plus urbaine, plus électrique. En théorie, pas exactement le chemin le plus direct vers les milliards.

Mais après tout, je commence à me méfier de la taille officielle des niches. Parce qu’une petite niche qui résonne fort finit parfois par sonner comme une grande salle. Et si ça se trouve, le vrai problème des niches, ce n’est pas qu’elles soient petites.

Seb

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