Je lis de la science-fiction depuis quarante ans, sans avoir jamais vraiment cru que la réalité finirait par dépasser la fiction. Pourtant, force est de constater que la fin du XXe siècle a doucement glissé vers le cyberpunk.
Hier, je regardais The Last Word with Lawrence O'Donnell sur la chaîne américaine MSNBC. O'Donnell est une figure de probité, doublée d'une excellente plume. Sa chronique exposait, une fois de plus, la faillite morale totale de l'Amérique de Trump. Un profond désenchantement m'a alors assailli. Pour y échapper, j'ai ressenti le besoin d'une histoire optimiste, ce qui m'a donné envie de revoir À la Maison-Blanche (The West Wing), la série de 1999 créée par Aaron Sorkin, à mes yeux un génie du storytelling.
C'est en faisant quelques recherches pour cet édito que j'ai découvert une coïncidence vertigineuse : Lawrence O'Donnell fut lui-même scénariste et producteur sur The West Wing pendant une grande partie de la série. Mieux encore, il est passé devant la caméra pour incarner le père strict du président Bartlet lors de mémorables flashbacks, notamment dans le célèbre épisode "Deux Cathédrales". Ce clin d'œil inattendu du destin m'a définitivement convaincu d'agir. J'ai l'intégrale en DVD, mais plus de lecteur. Assisté par mon IA, j'ai déboursé moins de quarante euros chez Apple pour acquérir l'intégrale numérique. Et depuis deux soirs, je revis les délices de cette utopie moderne du siècle dernier.westwing.fandom+2
La série nous parle d’un monde plus innocent. Ce n’est qu’au début de la troisième saison qu'advient le 11 septembre 2001, marquant la bascule brutale vers le XXIe siècle et la dystopie qui est désormais la nôtre. Le réconfort de la fiction, le réconfort d'un passé béni, le réconfort de ce que l’on connaît... Me voilà replongé pour quelques soirs avec ma famille de la Maison-Blanche. Pourtant, l'œuvre a vieilli : la parité et la diversité n’en sont qu’à leurs balbutiements, on y observe presque leur invention.
Je compte parmi mes amis des Américains formidables, à l’image de ce que ce pays a de mieux à offrir. J’ai eu la chance de m'y rendre une dizaine de fois. J'ai même traversé le continent d’Ouest en Est en train il y a quelques années, et New York reste ma ville de cœur. Tant de beauté, tant de belles personnes. Pourtant, il me semble que je n'y retournerai pas. L’Atlantique me paraît chaque jour plus large, plus difficile à franchir.
Chaque jour, je me réjouis de voir l’Europe affirmer son indépendance ; sa souveraineté m'apparaît aujourd'hui vitale. Le monde de The West Wing ne se doutait pas que l’urgence climatique serait une réalité si brûlante en 2026, ni que les intelligences artificielles deviendraient prévalentes. Il n'imaginait pas non plus que le fascisme soufflerait à nouveau sur les braises de tous les conflits. Mon retour sous l’administration du président Bartlet est donc une forme de voyage d'évasion vers des jours meilleurs.
Aujourd’hui, ma propre série audio, Cœur Galactique, a dépassé les 28 000 écoutes. On nous écoute dans plus de 110 pays, bien au-delà de la seule francophonie : en Ukraine, au Liban, en Arabie saoudite, au Nigeria, en Belgique, ou encore aux États-Unis. J’espère de tout cœur que mes histoires, à l'instar de celles de mon maître Monsieur Sorkin, leur apportent à leur tour du réconfort, de l’espoir, et un profond sentiment de fraternité.

